Art et Résistance

Carton d’invitation à l’exposition « Charles Walch » à la galerie Louis Carré, Paris, 27 janvier – 14 février 1941, fonds George Besson, INHA-collection Archives de la critique d’art.

Sur une étagère, des années et des années de documents, d’articles et d’écrits de la part des critiques d’art s’amoncellent. Au détour de l’une d’entre elles, un groupe isolé et indépendant de documents issus du fonds de George Besson apparaît. Que sont ces fragments du passé ? Des cartons d’expositions, témoins des rencontres artistiques, mais avant tout le reflet d’une relation étroite et privilégiée entre le critique et l’artiste. Partie à la découverte de ces documents uniques, mon regard se pose sur l’un des cartons le plus anciens du fonds, daté de 1941 et consacré à l’artiste Charles Walch. Artiste médaillé d’or lors de l’Exposition universelle de Paris en 1937, étoile montante de la peinture parisienne de son époque, son ascension est compromise par l’entrée en guerre de la France contre l’Allemagne. Son art, alors considéré comme suspect aux yeux du nouveau régime instauré par l’Occupation de la France, l’obligent à fuir la capitale et s’installer pour quelques mois dans la Creuse.

Malgré tout, son œuvre subsista dans la capitale, comme en témoigne le carton de cette exposition à la Galerie Louis Carré, dans le 8ème arrondissement de Paris, du 27 janvier au 14 février 1941, quelques mois seulement avant l’exposition des « Vingt jeunes peintres de tradition française », inaugurée le 10 mai 1941 à la Galerie Braun[1]. Cette exposition, est alors considérée comme la première manifestation de peinture d’avant-garde française, résistant ouvertement à l’idéologie nazie et sa vision de l’art moderne comme étant un « art dégénéré[2] ».

Sur ce carton d’exposition, George Besson lance un véritable appel humaniste à travers le travail de Charles Walch : « Le respect de la figure humaine[3] ! », s’exclame-t-il dans cette courte préface à l’exposition. Mais c’est avant tout le plaidoyer d’un critique envers son ami artiste dont « les qualités spirituelles […] font de ce peintre un homme, cette espèce si rare dans le monde[4] », à un moment où l’humanité faisait défaut aux personnalités dirigeantes de France et d’Allemagne.

Témoignage écrit de ce « coup de foudre » entre un critique et « son » artiste au sein du fonds d’archives de George Besson, ce document est annonciateur d’une amitié qui perdurera dans le temps. En effet, en feuilletant les coupures de presse de Besson, on s’aperçoit que le critique évoque régulièrement le travail de son ami, en particulier à l’occasion d’expositions. Dans un articler du 23 février 1946 dans le journal Le Soir, Besson met ainsi en avant l’acte de résistance de Walch et de nombreux autres artistes, au travers de leur art. Représentant l’une des plus anciennes pièces des collections, ce document aux dimensions modestes rappelle un temps où l’art était censuré, instrumentalisé, mais aussi un geste d’humanité.

Agathe Cortopassi


[1] C’est dans cette même galerie, George Besson remarque pour la première fois le travail de Charles Walch lors d’une exposition en 1932.

[2] Laurence Bertrand Dorléac, L’Art de la défaite, Paris, éditions du Seuil, 1993 ; Histoire de l’art. Paris 1940-1944. Ordre national, traditions et modernités, Paris, Publications de la Sorbonne, 1986.

[3] George Besson, « préface », Carton d’exposition « Charles Walch » à la galerie Louis Carré, Paris, 27 janvier – 14 février 1941, fonds George Besson, INHA-collection Archives de la critique d’art.

[4] Ibid.

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