La performance dans l’œil du photographe


Planche-contact de Marc Petitjean, représentant la performance de Naoyoshi Hikosaka Delivery Event/Floor Event, IXe Biennale de Paris, 1975, fonds Biennale de Paris 1959-1985 [BIENN PHOT003-10ar et BIENN PHOT003-10br], INHA-collection Archives de la critique d’art.

Afin d’en savoir plus sur le statut de la photographie au sein des archives, j’ai interrogé les vues photographiques de performances conservées dans les collections rennaises. En scrutant le dossier informatique correspondant, mon regard s’est arrêté sur une planche-contact[1]. Il s’agit d’images classées dans le dossier de la Biennale de Paris de 1965, prises par Marc Petitjean. Trente-six vignettes disposées en six bandes illustrent la performance d’un artiste non identifié. Une enquête a alors été menée afin de retrouver le nom de cet artiste. Les recherches effectuées dans le catalogue de la IVe Biennale de Paris, ainsi que l’index informatique de l’INHA m’ont permis de me rendre compte qu’une erreur de datation avait sans doute été faite lors de l’inventaire, trompant ainsi la lecture du document. Après inspection à la loupe de la planche-contact en format réel, une autre date a été trouvée sur la vignette trente-cinq, prise de vue de l’affiche explicative de la performance. Il ne s’agit donc pas d’images de la Biennale de 1965, mais de celle de 1975. Le nom de l’artiste a ensuite été identifié dans le catalogue correspondant[2].

Le performeur fait partie de la section japonaise. Il s’agit de Naoyoshi Hikosaka, né en 1946 à Tokyo. Sa performance Delivery Event / Floor Event consistait  à reconstituer sa chambre d’artiste de Tokyo et à élaborer un sol pour son atelier. La planche-contact déroule l’évolution de la performance d’Hikosaka à la manière d’un récit, de la reconstruction de son atelier à la fabrication du sol. Des plans différents ont été choisis par le photographe, ce qui permet de se rendre compte à la fois du travail de l’artiste, mais aussi de l’importance du public dans la performance d’Hikosaka. Par sa place au sein du fonds d’archives de la Biennale de Paris, cette planche-contact a une valeur d’information sur l’événement de 1975. D’une manière générale, elle renseigne sur le développement de la section japonaise et sur la reconnaissance de nouvelles formes d’expression, telles que le process art.

Qu’il s’agisse de vues d’expositions, d’œuvres détruites ou perdues, les photographies présentes dans les Archives de la critique d’art permettent de renseigner sur des événements ou des objets dont les images demeurent souvent les seuls témoins[3]. Le fonds de la Biennale de Paris en est richement doté. Le photographe Marc Petitjean faisait partie d’un réseau de professionnels employés par la Biennale de Paris. Les membres chargés de l’organisation de cet évènement étaient donc sensibles au médium photographique, à son caractère reproductible et à sa valeur mémorielle. La photographie était surtout employée pour immortaliser les performances éphémères. D’autres planches-contact et tirages en petit format font part de moments de vie interne à la Biennale de Paris, permettant ainsi d’avoir une trace des relations entre participants et organisateurs de l’événement.

L’importance de ce document dans les archives tient aussi à la forme de tirage employée. A l’origine document de travail pour le photographe, la planche-contact acquiert une nouvelle fonction dans les archives. Sa présence au sein du fonds relate son usage documentaire. Contrairement à un seul tirage statique, ce sont des documents spécifiques qui permettent d’enregistrer le déroulé d’un évènement de manière chronologique. Dans le cas de la performance, les planches-contact représentent des documents majeurs, adaptés à une œuvre conditionnée par son processus, transformée en histoire par l’œil du photographe.

Lisa Bocher

Deuxième partie de la planche-contact de Marc Petitjean, représentant la performance de Naoyoshi Hikosaka Delivery Event/Floor Event, IXe Biennale de Paris, 1975, fonds Biennale de Paris 1959-1985 [BIENN PHOT003-10ar et BIENN PHOT003-10br], INHA-collection Archives de la critique d’art.

[1] Il s’agit d’une planche-contact numérisée par les étudiants de Master 2 « Histoire de la critique d’art » de la promotion 2013-2014. Ils ont réalisé un travail d’inventaire et d’analyse de photographies d’exposition qui s’est achevé par la publication d’un ouvrage collectif.

Master recherche « Histoire et critique des arts », département Histoire de l’art et Archéologie, Université Rennes 2, GIS Archives de la critique d’art, Diplôme supérieur d’arts appliqués LAAB, Vue(s) d’exposition, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2014.

[2] IXe Biennale de Paris, manifestation internationale des Jeunes artistes, 19 septembre – 2 novembre 1975, Musée national d’Art moderne de la Ville de Paris, Musée national d’art moderne, Musée Galliera, (cat. expo), Paris, Editions du Musée d’art moderne de la ville de Paris, 1975.

[3] Nathalie BOULOUCH, Elvan ZABUNYAN et Janig BEGOC, La performance : entre archives et pratiques documentaires, Rennes, PUR, 2010.

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