Une journée avec Pierre Restany

L’agenda de l’année 1964, fonds Pierre Restany, INHA-collection Archives de la critique d’art.

Nous sommes le 2 octobre 1964. À Buenos Aires se réunit le jury du Prix annuel de l’Institut Torcuato Di Tella, dont le Prix National est alors attribué à la jeune artiste argentine Marta Minujín[1]. C’est ce que nous indique l’agenda de l’année 1964 dont le propriétaire n’est autre que le critique d’art Pierre Restany. Il s’agit d’un objet au format étonnamment petit, étant donné la grande quantité d’informations qu’il recèle. Le critique l’emporte partout avec lui et peut aisément le glisser dans une poche. Cet agenda nous offre une incursion dans le quotidien du critique, un aperçu des personnes qu’il rencontre et de son cercle de fréquentations proche. Un rapport de proximité, une sorte d’intimité s’établit alors avec l’objet, mais aussi avec son propriétaire.

Au début des années 1960, Restany, encouragé par sa rencontre avec son homologue brésilien Mário Pedrosa, se consacre à la découverte de l’Amérique latine, où il se rend à plusieurs reprises[2]. Il est certainement l’un des critiques français de l’époque qui voyage le plus à l’international. Il se rend à la Biennale de São Paulo en 1961, puis à Buenos Aires en 1964. Son agenda rend compte de ce dernier voyage du 26 septembre au 21 novembre. Il témoigne du Prix Di Tella, le 2 octobre 1964. Sur ces mêmes pages, les coordonnées de l’artiste semblent apparaître sous les initiales « M.M. », tout comme un entretien le 12 octobre, quelques jours après que l’artiste a gagné le Prix National grâce au soutien du jury composé de deux autres critiques au côté de Restany : l’Argentin Jorge Romero Brest et l’Américain Clement Greenberg. Cet évènement va jouer un rôle déterminant pour la carrière de Marta Minujín et les échanges artistiques entre Paris, New York et Buenos Aires.

Le fonds immense de Restany représente aujourd’hui une pierre angulaire des Archives de la critique d’art. Avec Alain Jouffroy, Frank Popper et Michel Ragon, il fut parmi les premiers à décider de le confier à cette jeune institution. Tout au long de sa vie, il a méticuleusement conservé et construit ce fonds qui traduit par son classement thématique, chronologique et par artiste la rigueur et l’exhaustivité, devenues une méthode de travail. Son étude permet ainsi de rendre compte des nombreux pays qu’il a pu parcourir et des artistes, marchands, collectionneurs, voire des politiciens avec lesquels il a pu travailler. De nombreux objets sont conservés parmi ses archives, légués par l’artiste lui-même, son épouse et ses héritiers après son décès. On y découvre non sans émotion ses papiers d’identité, ses lunettes, et bien entendu ses agendas qui permettent de retracer toute une partie de sa vie, en évoquant chaque jour le moindre rendez-vous, la moindre entrevue dans la vie d’un homme si sollicité.


[1] Pour plus d’informations sur cet événement, voir aussi Bérénice Gustavino, « “Un peu de jazz” à Buenos Aires », Mémoires croisées/Dérives archivistiques. Archives de la critique d’art (dir. Jean-Marc Poinsot), catalogue d’exposition, Paris, INHA, 2015, p. 57-59. Consulter le catalogue en ligne.

[2] Voir notamment Isabel Plante, « Pierre Restany et l’Amérique latine. Un détournement de l’axe Paris-New York » in Le Demi-siècle de Pierre Restany [actes du colloque, Paris, INHA, 30 novembre – 1er décembre 2006], Paris INHA, Éditions Les Cendres, 2009, p. 287-309.

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